Bananikro, un quartier précaire d’Abidjan

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Au cœur de Bananikro Photo © Yves-Landry Kouamé

Comme la plupart des villes africaines, Abidjan, la perle des lagunes est jonchée de quartiers précaires, des quartiers caractérisés par des habitats inferieurs aux normes et des populations qui vivent dans des conditions déplorables. Bananikro en est un échantillon.

Nous sommes à Cocody, une commune d’Abidjan connue pour son beau cadre et le niveau de vie élevé de ses habitants. Le quartier qui fait l’objet de notre curiosité jouit d’un statut de quartier résidentiel synonyme d’infrastructures modernes et atmosphère de modestie voire de bourgeoisie : la riviera palmeraie. Nous posons donc un regard de géographe sur ce site.

“ La riviera palmeraie, entre notoriété et réalité contrastée ’’

Au niveau des infrastructures, rien à signaler. Les immeubles sont modernes. De splendides villas s’égrènent de part et d’autres des rues et la vie semble paisible, tel un quartier résidentiel. Cependant la discontinuité de l’espace nous rappelle de récurrents souvenirs tristes.
En effet, la riviera palmeraie est topographiquement située dans une zone de cuvette qui fait d’elle la cible des inondations de ces dernières années. A-t-on pensé au préalable l’aménagement de ce site ? Que faire pour éviter les accidents dans ce quartier en plein essor ? Les questions restent posées.

Ce qui attire plus notre attention dans ce périmètre, c’est Bananikro, un quartier précaire situé à l’Est de la riviera palmeraie. Il est bâti sur une voie publique qui doit relier selon les autorités, la commune de Bingerville à celle d’Anyama. Le nom donné à cet endroit est dû au fait qu’il était autrefois recouvert d’un champ de bananes dont quelques plants sont encore visibles.
Le contraste est saisissant ! C’est un village en plein quartier urbain.
D’une vue générale, la précarité du logement saute aux yeux. Nous avons des habitats ruraux groupés et les bâtis, en bois, sont formées de matériaux de récupération. L’aspect de ces habitations est peu reluisant et la salubrité laisse à désirer. Son architecture propre au milieu rural tache l’aspect de ce quartier résidentiel. Aux alentours de chaque habitation, les douches se mêlent aux cuisines. Le cout du loyer oscille entre 10mille FCFA et 15mille FCFA selon le nombre de pièces contrairement à leurs voisins d’en face dont le cout minimum du loyer est estimé à 60mille FCFA pour le studio.

“ Nous avons un président de quartier qui discute avec les autorités quand nous sommes indexés… ’’

Comme tout groupement, Bananikro est régi par un président de quartier qui se charge du dialogue avec l’extérieur. Celui-ci est installé depuis au moins 10 ans sur ce site avec sa famille. S’étant prêté volontier à nos préoccupations, Ulrich quant à lui est bachelier depuis 2010 mais a coupé les ponts avec les études depuis les bouleversements de la crise postélectorale de 2011. Attendant un emploi décent, il s’est installé provisoirement sur ce site.

“Nous sommes plus proches de nos occupations, nous recherchons un mieux-être ’’

Interrogés sur leurs activités, il ressort que nombreux sont ceux qui se sont installés sur ce site à cause des revenus faibles des activités menées, la nature de celles-ci et la proximité d’avec le lieu de travail. Les activités sont de différents ordres.
Les femmes dans leurs grandes majorités exercent la fonction d’auxiliaire de ménage (servante) dans des cellules familiales modestes ou bourgeoises et viennent se reposer à Bananikro en fin de journée, de semaines ou de mois d’après les témoignages recueillis. Elles exercent aussi dans le commerce et ont souvent des étales devant leurs maisons où elles vendent des produits de première nécessité.
Majoritairement ouvriers, les hommes sont vendeurs de produits cosmétiques dans différents marchés, maçons, menuisiers, blanchisseurs, plombiers etc.

“ Des conditions de vie de promiscuité, difficilement évoquées’’

Les branchements parallèles sont légions à Bananikro. Rares sont les compteurs d’eau et d’électricité. L’accès en eau se fait par raccordement.
Aussi, ayant connaissance de l’opinion générale plutôt négative à leur endroit, les populations de Bananikro s’efforcent de garder un certain calme dans toutes leurs actions pour éviter d’attirer l’attention de leurs voisins. Cependant l’existence d’un fumoir est vérifiable.

“ Nous n’avons pas de soucis avec nos voisins…’’

La cohabitation est quasi parfaite entre les populations bien que d’origines diverses. Cependant, les voisins modestes se plaignent du bruit des maquis gérés et fréquentés par les populations de Bananikro et de l’aspect précaire qu’ils confèrent à cette partie d’une commune dont on cite les fragments avec une connotation de beaux quartiers.

Vous avez pu le constater sur les images, le site étudié attire l’attention par la cassure que l’on peut observer car il semble s’isoler dans un quartier aux infrastructures modernes, preuve du haut niveau de vie de ses habitants. Les maisons de Bananikro ne sont pas résistantes et sont construites en majorité de façon anarchique. On peut observer également une flagrante insalubrité et des enfants aux ventres ballonnés qui se baladent sans chaussure et sans habits effectuant leurs besoins un peu partout, ce qui les expose à un certain nombre de maladies. C’est un village en plein quartier urbain.
Pour solde de tout compte, disons que cette étude nous a permis de mettre en évidence une réalité qui n’échappe pas aux villes ivoiriennes : les quartiers précaires ou défavorisés. Bien que peu médiatisés, ces sites illustrent de fort belle manière les disparités qu’il pourrait avoir sur un même territoire. L’exemple de Bananikro nous a permis de saisir le contraste de la vie précaire dans la commune de Cocody citée habituellement pour son cadre luxueux.

Yves-Landry Kouamé
kkylandry@gmail.com

http://plumedivoire.com/reportage-bananikro-un-quartier-precaire-dabidjan/

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